A duty of remembrance
She describes grief crossed by real light, carried by a gentle, poetic, fluid voice that stays close to suffering without smoothing it over.
She sees the book as touching, moving, resilient, and transparent, a story that deserves to be read, known, and shared, while honouring Mathieu and Andrea with accuracy.

Je ne sais pas à qui j’écris.
À Dieu, si tu existes. À l’Univers, si c’est toi qui tiens les fils. À quelque chose de plus grand, si quelque chose de plus grand existe vraiment.
Ou peut-être à rien, finalement.
Peut-être que je parle simplement dans le vide, comme on parle à une pièce sombre quand on n’a plus personne à qui s’adresser.
Mais j’écris quand même.
Parce qu’il y a des choses que je porte depuis si longtemps qu’elles finissent par peser dans le corps. Et parce qu’à un moment donné, même le silence devient trop lourd.
On nous dit souvent que tout arrive pour une raison. Et moi aussi, je l’ai dit. Souvent. Parce que cette phrase-là, quand tu es au bord de tomber, ça peut devenir une corde. Une façon de croire qu’il y a un sens quelque part, même si tu ne le vois pas encore.
Mais avec le temps, j’ai compris une chose : il y a une différence entre donner un sens et justifier l’injustifiable.
Alors oui, je crois que tout peut finir par avoir un sens.
Oui, je crois que même le pire peut devenir quelque chose, un jour.
Mais je refuse de dire que certaines tragédies arrivent pour une raison comme si elles étaient nécessaires, obligatoires. Et que la douleur était un passage obligé, écrit d’avance.
Parce que certaines pertes ne sont pas des leçons. Ce sont des fractures.
Et le sens, s’il existe, ce n’est pas toujours ce qui arrive. C’est ce qu’on est obligé de bâtir après.
Je t’écris parce qu’il y a une colère en moi qui ne s’est jamais complètement éteinte.
Une colère que j’ai essayé de calmer, de cacher, de transformer, de dompter. Mais elle est là. Elle remonte dans les moments calmes, les nuits silencieuses… les journées où tout le monde fait comme si la vie était simple.
Je t’écris parce que j’ai vu trop tôt ce que ça fait quand tout s’effondre.
Quand la vie te prend quelque chose que tu n’as jamais offert.
Quand elle arrache sans demander la permission.
Et quand elle te laisse là, toi, debout, vivant… avec un vide impossible à remplir.
Pourquoi certains enfants partent trop tôt pendant que d’autres restent avec le poids ?
Pourquoi certaines familles sont brisées pendant que d’autres ne connaissent jamais ce genre de douleur ?
Pourquoi la souffrance tombe au hasard, comme une pluie noire, sans logique, sans justice, sans avertissement ?
Et si tu existes, ne me réponds pas avec des phrases.
Ne me réponds pas avec des « plans divins ».
Ne me réponds pas avec des « mystères ».
Je n’ai pas besoin d’une explication propre.
J’ai besoin de vérité.
La vérité, c’est que parfois, je t’ai cherché.
Et parfois, je t’ai haï.
Parfois, je n’ai plus rien ressenti, même envers toi, parce que même la colère demande de l’énergie.
Et l’énergie, il y a des périodes où je n’en ai plus.
La vérité, c’est que j’ai voulu comprendre tellement fort
que j’ai fini par me perdre dans mes propres questions.
Et peut-être que c’est ça, le vrai drame.
Pas juste ce qu’on perd.
Mais ce que ça fait à l’intérieur.
Ce que ça brise dans la confiance, dans l’innocence.
Dans la façon de voir le monde.
Parce qu’après certaines nuits, tu ne redeviens jamais vraiment le même. Même quand tu souris, quand tu avances… quand tu réussis.
Il y a une partie de toi qui reste figée dans un avant et un après.
Je ne sais pas si tu m’entends.
Je ne sais pas si tu lis.
Je ne sais même pas si tu existes.
Mais si tu existes, je veux te dire ceci :
Je ne te demande pas de réparer le passé.
Je sais que c’est impossible.
Je ne te demande pas de ramener ce qui est parti.
Je sais que ça n’arrive pas.
Je te demande juste de m’expliquer pourquoi l’humain doit porter ça.
Pourquoi certains doivent vivre avec un trou dans la poitrine toute leur vie.
Pourquoi il faut devenir fort à cause de choses qu’on n’a jamais choisies.
Et si tu n’existes pas…
Alors je veux dire autre chose.
Je veux dire que malgré tout, malgré l’absurde, l’injustice, le silence… je suis encore là.
Pas parce que tout est réglé.
Pas parce que tout est guéri.
Mais parce qu’au milieu du chaos, quelque chose en moi a refusé de s’éteindre.
Je ne sais pas si c’est de la force, de la rage ou l’amour. Peut-être que c’est seulement un instinct.
Je sais simplement que c’est là.
Et que j’ai décidé d’en faire quelque chose.
De transformer ce chaos en mouvement. Cette douleur en trace. Le silence en mots.
Parce qu’il y a des histoires qu’on ne peut pas laisser mourir une deuxième fois.
Pas dans l’oubli.
Pas dans le non-dit.
Alors voilà.
Je t’écris, même si tu n’es peut-être personne.
Même si je ne reçois aucune réponse.
Je t’écris, parce que moi, j’ai besoin de parler.
Et si un jour tu décides de me répondre, que ce soit pas avec des miracles.
Que ce soit juste avec assez de lumière pour que je continue à avancer.
Même lentement, blessé et imparfait.
Mais vivant.